L'EDITO

 

    Scientisme : quand la science devient religion

 

   En 2009 est paru un ouvrage remarquable aux Etats-Unis, The End of Materialism, de Charles T. Tart, éminent psychologue et parapsychologue américain. Charles Tart – dont j’avais lu l’ouvrage de référence sur les états modifiés de conscience, voici déjà 30 ans – est internationalement reconnu pour ses recherches sur la nature de la conscience. Son livre a été traduit par Dunod sous le titre Le psychologue, la science et l’extraordinaire (pourquoi pas La Fin du Matérialisme, pourtant plus juste et plus éloquent ?).

   Si j’en parle ici aujourd’hui, c’est parce que cet excellent volume a, entre autres nombreux mérites, celui d’enseigner au lecteur à faire la distinction entre science et scientisme, que peu de gens ont appris à faire. Une distinction pourtant importante, comme nous allons le voir.

   Il suffit aujourd’hui que quelqu’un parle en tant que scientifique pour que les gens s’imaginent que c’est la science qui s’exprime. Tel astronome ridiculise l’astrologie ? La science a parlé ! Tel physicien rejette la parapsychologie ? La science a parlé ! Tel médecin nie l’existence des expériences de mort imminente (NDE) ? La science a parlé ! Et ainsi de suite, avec tout ce qui relève du spirituel, de la conscience, de l’invisible, de l’au-delà, c’est-à-dire tout ce qui sort du plan purement matériel et objectif qui est celui de la science actuelle. A certains égards, on se croirait revenu à l’époque où c’était l’Eglise qui dictait le vrai et le faux, au nom d’une interprétation dogmatique des Écritures, conduisant les scientifiques d’alors sur le bûcher. Sauf qu’aujourd’hui, celui qui s’écarte du droit chemin d’une certaine science est plutôt grillé

   La science a parlé ? Pas vraiment. La science est ici utilisée par certains comme prétexte à défendre des dogmes rigides. En effet, comme n’importe quel outil ou discipline, on peut faire un bon ou un mauvais usage de la science, ainsi que le souligne Abraham Maslow cité par Charles Tart :

En 1966, le psychologue pionnier Abraham Maslow, fondateur de la psychologie humaniste et transpersonnelle, publia un brillant petit livre intitulé The Psychology of Science : A Recognition. Voici comment je résume son propos : utilisée correctement, la science est un système de développement personnel très puissant, qui n’a guère de limite et corrige lui-même ses erreurs. Employée de manière incorrecte et inappropriée, elle devient un mécanisme de défense névrotique des plus efficaces et des plus prestigieux. Comme l’écrit joliment Maslow : « La science devient alors une défense. Elle peut constituer une philosophie de la sûreté, un système sécuritaire, une manière complexe d’éviter l’anxiété et les problèmes contrariants. Dans les cas extrêmes, elle est un moyen d’éviter de vivre au profit d’une sorte d’autoclaustration. Entre certaines mains, elle est susceptible de devenir une institution sociale vouée avant tout à la conservation et à la défense de l’ordre établi avec pour fonction de classifier et de stabiliser, et non de découvrir et de renouveler. 


   Cette attitude fait obstacle à l’avancée de la connaissance, qu’elle retarde d’années sinon de décennies. Des pans entiers de recherche sont ainsi niés, rejetés ou condamnés pour des raisons qui n’ont de scientifiques que l’apparence. Ce qui s’exprime alors sous couvert de science, ce sont en réalité les croyances de tel ou tel scientique. Scientisme est le nom qu’on donne à cette perversion de la science en religion. Là où le vrai scientifique reste ouvert à des faits nouveaux et fait preuve d’un scepticisme éclairé, le scientiste se referme sur ses convictions érigées en dogmes, rejette sans même les regarder tous les faits déroutants, et masque ses croyances sous ce que Tart nomme un « pseudoscepticisme » :

Le sceptique joue un rôle social honorable, tenu en haute estime, en particulier dans les cercles intellectuels. Un sceptique est un malin, il y regarde de plus près que la moyenne des gens et pousse plus avant les investigations, parce qu’il veut connaître la vérité ou du moins s’en rapprocher. La compréhension et l’utilisation correcte du scepticisme sont toutefois brouillées par l’existence et les activités d’un grand nombre de pseudosceptiques qui se disent sceptiques – c’est-à-dire enclins à une recherche de la vérité qui passe par la mise en doute des explications en cours – mais qui adhèrent totalement à un autre système de croyances et s’en font les avocats, estimant que leur système est déjà détenteur de toute la vérité nécessaire. Prestige du terme oblige, de tels pseudosceptiques se désignent eux-mêmes comme « sceptiques », plutôt que de se définir comme des « adhérents au système X » qui n’aiment pas les faits ou les idées que vous avancez et veulent vous discréditer pour défendre ledit système. 


   Attention, toutefois : le scientisme peut parfois s’exercer en faveur d’idées en vogue dans les milieux du spirituel, du nouveau paradigme, de l’extraordinaire. Par exemple, on entend aujourd’hui certains scientifiques branchés affirmer que la physique quantique prouverait toutes sortes de thèses spiritualistes à la mode, alors que ne s’expriment là encore que les croyances personnelles de ces hommes-là, fussent-elles plus au goût du jour.

   Moralité, dans les deux cas il nous faut du discernement. Seul le discernement nous permet de faire la part des choses et de distinguer la science du scientisme. Le livre de Charles Tart a le grand mérite de fournir beaucoup d’outils et de clés pour développer le sien.

   Quitte à être accusé de « prêcher pour ma paroisse » (un comble, vu le sujet de cet article…), j’ajouterai que le Tamis à 4 Etages que j’ai développé dans Mettre de l’ordre en soi, et dont une vidéo sur repere.tv vous présente succinctement le contenu, est également un formidable outil pour développer son discernement ! Il permet notamment d’apprendre à distinguer efficacement – d’abord en soi, puis chez les autres – ce qui relève du mental (savoir) de ce qui appartient au cœur (croyances), et à ne plus les confondre comme c’est encore courant, y compris chez ceux qui ont fait de hautes études.

   Alors, la prochaine fois qu’un homme de science s’exprime avec autorité à la TV ou dans les journaux sur un sujet qui sort du registre habituel de la science,  je vous invite à discerner s’il en parle en scientifique ou en scientiste, et à ne pas céder à la tentation de croire ce qu’il affirme, au nom de la blouse blanche qu’il porte ou de l’institution qu’il prétend représenter.

   Enfin, pour affiner votre discernement, et avec l’autorisation des Éditions Dunod, j’ai le plaisir de vous proposer les deux extraits suivants du livre de Charles T. Tart, dont je vous recommande par ailleurs vivement la lecture intégrale :

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-       Extrait 1 : scepticisme et pseudoscepticisme

-       Extrait 2 : pathologies de la connaissance et de l’apprentissage

 

   Bon discernement à tous !

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   PS : Ah, j’oubliais : qu’en est-il alors de l’astrologie, de la parapsychologie ou des NDE ? Eh bien, lisez les livres d’auteurs comme le Dr Stanislav Grof, Richard Tarnas, Charles T. Tart, le Dr Olivier Chambon ou encore le Dr Jean-Jacques Charbonnier, et vous verrez ce que des scientifiques – pas des scientistes ! – ont à dire de ces sujets .

 


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