L'EDITO

 

Adoptez la philosophie du pendule !


(Le texte ci-dessous est un extrait de « Lâche ton trapèze et attrape le suivant ! » )


La vie est changement, innovations, mais si elle n’était que cela elle nous épuiserait, ne nous laissant jamais le temps de nous reposer, d’apprécier la joie des retrouvailles avec le connu et le confort du familier. La vie est aussi constance et répétition, à travers les cycles petits et grands qui l’animent, mais là encore, si elle n’était que cela, elle ne tarderait pas à nous lasser, à nous ennuyer, nous dégoûter. Ensemble, la constance et le changement assurent un juste dosage de même et de différent, ils satisfont ET notre besoin de sécurité ET notre aspiration à la liberté.

Constance et changement. Sécurité et liberté. Pour être heureux, pour être épanouis, nous avons besoin des deux. Oui, mais dans quel registre respectif ? Où faut-il être stable et constant ? Et où faut-il demeurer plutôt souple, adaptable et changeant ? Voilà sans doute la question essentielle à se poser !

La réponse se trouve dans une métaphore qui m’est chère[1] : celle du pendule de Foucault. Le pendule est en effet l’image même du paradoxe. En haut, à son point d’attache, il est stable, fixe, immuable. En bas, en revanche, au niveau de la lourde masse par laquelle se termine son long fil, il est d’une mobilité considérable.

Que nous dit le pendule ? Quelle est la philosophie qu’il prône ?

« Soyez stable et immuable en haut » : dans le fond, dans les valeurs que vous défendez, dans les idéaux qui vous animent, dans les principes spirituels que vous suivez, dans les lois éternelles sur lesquelles vous fondez votre existence. « Et soyez souple et mobile en bas » : dans la forme, dans votre vie quotidienne, dans la mise en pratique et le passage à l’acte, dans vos interactions avec les autres et avec le monde, dans votre manière de composer avec les réalités matérielles. « Plus vous êtes fermement ancré en haut, nous dit encore le pendule, plus vous pouvez vous autoriser de liberté et de souplesse en bas. »

Par contraste, avez-vous imaginé ce que donnerait l’inverse ? Être rigide, dogmatique, attaché à la lettre (et non à l’esprit), camper avec entêtement sur ses positions, dans la forme, dans la matière, et en même temps se montrer versatile, opportuniste et inconstant dans ses valeurs et ses principes ? Qui voudrait se fier à quelqu’un cultivant une telle philosophie ?

Le pendule nous offre donc une intéressante métaphore pour aborder les changements qui immanquablement ponctuent notre existence : accrocher son esprit très haut, au-dessus des vicissitudes de ce monde, s’ancrer dans le roc, trouver le centre immobile et inchangeable à partir duquel il nous soit possible d’aborder sereinement tous les mouvements, tous les changements, toutes les oscillations et fluctuations de la vie quotidienne.

Que sont les enseignements spirituels de toutes les traditions, au fond, sinon des méthodes pour remonter le long du fil qui rattache notre petit moi incarné, sujet à tant de tribulations, à notre Soi, à cette part quintessentielle de nous qui reste éternellement au-dessus de cette agitation ? Il ne s’agit pas d’y remonter pour y rester, pour fuir le monde, pour rejeter l’existence incarnée avec tout ce qu’elle comporte de hauts et de bas, de changements permanents : il s’agit seulement d’y ancrer notre conscience, afin de pouvoir pleinement nous investir dans la réalité matérielle, de pouvoir oser ou accueillir tout ce que la vie nous propose, sans jamais nous sentir perdus, déconnectés de l’essentiel, submergés par les événements.

Puisse cette philosophie du pendule, vous aider à vivre de la meilleure façon possible les transitions et changements qui vous attendent sur votre parcours de vie, et à ancrer votre conscience toujours plus haut, jusqu’à atteindre peut-être un jour ce qu’Aristote nommait le « moteur non mu », ce point immuable autour duquel toute notre existence peut graviter harmonieusement, quoi qu’il arrive !


[1] Déjà brièvement évoquée dans Même lorsqu’elle recule, la rivière avance (JC Lattès, 2010).

OCsign.jpg


 

© OC 2012-2014, tous droits réservés - Contact